L'essentiel
- En Suisse, l'utilisation de lasers des classes 3B et 4 fait partie des « dangers particuliers » de la directive CFST 6508 : l'employeur doit organiser la sécurité en conséquence, avec des spécialistes ou ses propres compétences.
- La Suva exige un responsable de sécurité laser, dont la direction définit les tâches. C'est lui qui élabore le concept de sécurité. La loi ne fixe pas sa formation, mais la Suva attend qu'il soit formé à sa fonction.
- Le concept part de l'inventaire et de la classification des lasers et d'une analyse des risques, puis fixe les mesures techniques, organisationnelles et individuelles, la formation et les contrôles.
- Pour les machines laser à guidage manuel, la liste de contrôle Suva 67205 (2026) demande expressément un concept de sécurité écrit.
- Un produit de classe 1 peut renfermer un laser de classe 4 : les interventions capot ouvert, maintenance ou réglage, doivent alors être couvertes par le concept.

Un laser de découpe, une soudeuse laser portative ou un banc optique de recherche peuvent blesser l’œil en une fraction de seconde, parfois par une simple réflexion. En Suisse, la loi ne laisse pas cette sécurité au hasard : dès qu’une entreprise utilise des lasers des classes 3B ou 4, elle doit mettre en place une organisation et un concept de sécurité laser. Voici ce qu’il faut savoir.
Quand faut-il un concept de sécurité laser ?
La directive CFST 6508 sur l’appel aux spécialistes de la sécurité au travail range parmi les dangers particuliers l’utilisation de lasers des classes 3B et 4. L’entreprise doit alors organiser sa sécurité au travail en conséquence, avec des spécialistes externes ou ses propres compétences.
Attention à un cas fréquent : une machine de classe 1 peut renfermer un laser de classe 4. En fonctionnement normal, elle est sûre ; mais lors d’une maintenance, d’un réglage ou d’un nettoyage capot ouvert, le rayonnement dangereux devient accessible. Ces opérations doivent être couvertes par le concept.
Le responsable de sécurité laser
Pour les classes 3B et 4, la Suva exige la désignation d’un responsable de sécurité laser, dont les tâches sont définies par la direction. C’est lui qui élabore le concept de sécurité.
La loi ne précise pas comment il acquiert ses connaissances : cours, instructions du fabricant ou autoformation. La Suva attend toutefois qu’il soit désigné et formé à sa fonction. Ses tâches comprennent notamment :
- connaître les risques de chaque classe et leurs effets sur l’œil et la peau ;
- définir les prescriptions et les consignes de travail ;
- former et informer les collaborateurs ;
- organiser les équipements de protection individuelle et leur usage ;
- installer et vérifier régulièrement les dispositifs de protection ;
- faire respecter la notice du fabricant et définir la conduite en cas de dysfonctionnement.
Ce que contient un concept de sécurité laser
Aucun texte n’impose de structure précise. Voici celle que nous utilisons, fondée sur les publications de la Suva.
1. Inventaire et classification
La liste des lasers et des postes, avec pour chacun la classe, la longueur d’onde, la puissance et le mode de fonctionnement. La classe est attribuée par le fabricant selon la norme EN 60825-1 : vérifiez la plaque signalétique et la notice.
2. Analyse des risques
Pour chaque installation : l’exposition maximale permise (EMP), la distance nominale de danger oculaire (DNDO), au-delà de laquelle l’exposition reste sous l’EMP, et la zone correspondante ; les réflexions, les situations de défaut et les dangers secondaires.
3. Mesures techniques et zone laser contrôlée
En production, la solution de référence est un capot à blindage intégral qui interrompt le faisceau à l’ouverture. Si c’est impossible, l’analyse des risques fixe les mesures, et une zone laser contrôlée physiquement délimitée est créée. Elle comprend notamment :
- un accès contrôlé, avec un sas ou un autre moyen si des lunettes sont requises ;
- des parois ou rideaux de protection testés selon les normes applicables, ou autocertifiés et documentés ;
- une signalisation et un affichage du mode dangereux ;
- un pupitre de commande hors du faisceau, un faisceau qui ne passe pas à hauteur des yeux ;
- un éclairage suffisant, des voies de fuite et un accès pour les secours.
Pour les machines laser à guidage manuel, la liste de contrôle Suva 67205 demande en plus une clé ou un autre dispositif d’autorisation, un arrêt d’urgence, une protection contre l’activation involontaire, une détection de rupture de fibre et un verrouillage de l’accès à la zone, ces deux derniers avec un niveau de performance d’au moins PL d.
4. Équipements de protection individuelle
Les lunettes de protection laser sont obligatoires pour les lasers de classe 3R émettant un rayonnement invisible et pour les classes 3B et 4. Elles sont dimensionnées pour le faisceau principal et réservées au type de laser prévu ; leur marquage indique la longueur d’onde, le mode, le niveau de protection et la certification. Pour le soudage ou le nettoyage manuels : casques ou visières certifiés, gants et vêtements à manches longues. Aucun niveau de protection n’est universel.
5. Formation
Le responsable informe les personnes qui travaillent avec les lasers 3B et 4 et les forme aux bonnes méthodes. Il est recommandé de faire attester cette formation par écrit, par les deux parties, et d’afficher les consignes importantes au poste.
6. Procédures
Consignes au poste, conduite en cas de dysfonctionnement ou d’incident, accès des secours, clé et arrêt d’urgence à l’entrée de la zone. En cas d’exposition de l’œil, consultez immédiatement un médecin.
7. Autres dangers
Un laser n’expose pas qu’au rayonnement direct : incendie et explosion, fumées et vapeurs toxiques à aspirer, haute tension, rayonnement secondaire (UV, X) et dangers thermiques font aussi partie de l’analyse.
8. Contrôles et mise à jour
Vérification régulière des dispositifs de protection, contrôle périodique à l’aide d’une liste de questions (la Suva en propose une), et mise à jour du concept à chaque changement d’installation. Pour les machines à guidage manuel, la Suva recommande d’utiliser sa liste de contrôle tous les six mois.
Ce que vérifie un contrôle
Lors d’une visite, l’inspecteur s’attend à trouver un responsable de sécurité laser désigné et formé, un concept de sécurité daté et à jour, des mesures techniques en place, des équipements de protection adaptés et la preuve que les collaborateurs ont été formés. La Suva qualifie le concept de sécurité d’obligatoire et recommande de consigner par écrit les mesures prises : sans document, il est difficile de démontrer ce qui a été fait.
Questions fréquentes
Mon entreprise a-t-elle besoin d'un concept de sécurité laser ?
Oui, si vous utilisez des lasers des classes 3B ou 4 : c'est un danger particulier au sens de la directive CFST 6508, et la Suva exige un responsable de sécurité laser qui élabore le concept. C'est aussi le cas lorsque des opérations de maintenance donnent accès au rayonnement d'un laser de classe 4 enfermé dans une machine de classe 1.
Le concept doit-il être écrit ?
La Suva recommande de consigner par écrit la preuve des mesures prises, et la liste de contrôle 67205 sur les machines laser à guidage manuel demande un concept écrit. En pratique, un concept écrit, daté et tenu à jour est le seul moyen de prouver vos mesures lors d'un contrôle.
Qui peut être responsable de sécurité laser ?
Une personne désignée par la direction, qui en définit les tâches. La loi ne fixe pas la formation requise : cours, instructions du fabricant ou autoformation. Elle doit toutefois connaître les risques, les mesures de protection et les règles applicables, et la Suva attend qu'elle soit formée à sa fonction.
Faut-il des lunettes de protection laser ?
Oui, correctement dimensionnées, pour les lasers de classe 3R émettant un rayonnement invisible et pour les classes 3B et 4. Elles sont choisies pour le laser concerné (longueur d'onde, mode de fonctionnement, puissance) et réservées à cet usage. Les normes de référence sont l'EN 207 pour les lunettes de protection et l'EN 208 pour les lunettes de réglage.
Un laser de classe 2 demande-t-il un concept ?
La directive CFST 6508 ne vise que les classes 3B et 4. Les obligations générales de l'employeur en matière de prévention s'appliquent toutefois à tous les lasers, notamment pour éviter l'éblouissement lors de tâches critiques.
Sources
- Directive CFST 6508 (MSST), annexe 1 (dangers particuliers : lasers des classes 3B et 4)
- Suva, publication 66049.f « Attention : rayonnement laser ! », ch. 4 et annexes A à C
- Suva, liste de contrôle 67205.f « Machines de traitement laser à guidage manuel » (janvier 2026)
- IEC 60825-1:2014, définitions 3.64 et 3.65 (zone et distance nominales de danger oculaire), 8.1
- OPA, RS 832.30, art. 11a